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L’investissement durable dans le radar des PME

Le 24 septembre prochain, le FOROM Principal abordera le thème de la PME du Futur. Parmi les intervenant-e-s attendu-e-s, Christian Waldvogel, Directeur associé de Renaissance, posera son regard sur l’investissement de demain pour les PME. Rencontre.

  

Monsieur Waldvogel, pourriez-vous brièvement présenter les activités de Renaissance et le rôle que votre structure joue auprès des PME suisses ?

Renaissance est l’unique fondation de placement permettant aux caisses de pension d’investir dans des PME suisses non cotées. Nous nous positionnons en tant que partenaire des PME, en finançant des entreprises dans le cadre de leur succession familiale et rachat industriel par son management (MBO). Avec nos activités, nous contribuons au tissu économique des PME suisses en permettant le maintien et développement des emplois et du savoir-faire en Suisse.

 

Vous interviendrez le 24 septembre prochain à l’occasion de la 15e édition du FOROM qui abordera le thème de la « PME du Futur ». Que vous inspire ce thème en lien avec votre activité ?  

Il m’inspire un thème tout particulier qui sort des sentiers battus, mais qui est en devenir au sein des PME, à savoir la notion d’investissement durable et ce que cela implique concrètement pour elles. En effet, un investissement durable concerne l’implication de la PME en termes de critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance, connus sous l’acronyme familier de « ESG ».

 

De quelle manière ces critères se traduisent-ils au sein des PME suisses ?

L’implication ESG des PME peut s’effectuer à plusieurs niveaux. Si la majorité d’entre elles n’entreprennent à ce jour que très peu voire aucune démarche dans ce sens, l’on retrouve trois stades différents au sein des PME suisses :

  • Celles qui ont déjà pris conscience de ces facteurs ESG sans pour autant avoir défini un plan d’actions ;
  • Celles qui montrent une réactivité (en devenir) suite à des demandes de clients ou de fournisseurs par exemple ;
  • Celles qui affichent une proactivité avec la mise en place et un suivi d’un véritable bilan ESG et des mesures d’amélioration du bilan. Cette catégorie ne regroupe à ce jour qu’une petite minorité.

Dans ce contexte, la partie la plus intéressante représente les entreprises réactives car de plus en plus de PME doivent se soumettre à des évaluations initiées par leurs clients qui sont souvent des grandes sociétés cotées, déjà elles-mêmes soumises aux normes ESG. Pour prendre un exemple parlant : un fournisseur de l’industrie horlogère à qui les grandes marques horlogères imposent des audits ESG de leur production.

 

En partenariat avec l’Université de Zurich, Renaissance a développé́ un outil conçu sur mesure permettant d’évaluer le bilan des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) des PME. De quelle manière s’applique-t-il ? 

Notre objectif était de développer un outil d’évaluation ESG pragmatique afin d’être facilement utilisable et donc accepté par les PME, en leur apportant une véritable plus-value. L’outil est basé sur une cinquantaine d’indicateurs avec une répartition entre les catégories environnementales, sociales et de gouvernance.

Environnementales premièrement, qui comprend par exemple le bilan CO2, la politique de diminution des émissions de CO2, les amendes liées aux violations environnementales. Ensuite sociales, avec notamment la couverture de la caisse de pension, les contributions de l’employeur, le pourcentage du bonus des managers dédié aux efforts ESG dans leur propre entreprise, le nombre d’apprentis, le pourcentage de retour du congé maternité, etc. Et enfin, les critères liés à la gouvernance d’entreprise, à savoir la séparation entre le rôle de CEO et de Président, la disposition d’un auditeur indépendant, l’existence de cas de corruption, le respect des nouvelles lois sur la protection des données, etc.

Les PME répondent à ces indicateurs sur une base annuelle et, selon les résultats obtenus, des mesures d’amélioration sont définies afin d’améliorer progressivement le bilan ESG de la PME.

 

Plus généralement, les PME suisses sont-elles plutôt de bons ou de mauvais élèves en termes de critères ESG ?

Au niveau des critères sociaux, les PME suisses sont plutôt de bons élèves. Quant à la gouvernance, il subsiste certaines faiblesses au sein des entreprises familiales avec des pratiques de gouvernance souvent insuffisantes. Par exemple, le manque de séparation claire entre le rôle de la direction générale et celle du conseil d’administration, ou encore la double casquette de l’auditeur étant également consultant de la société. Pour les entreprises détenues par des investisseurs institutionnels dans le cadre d’investissement private equity, la gouvernance obtient de bonnes notes car nombreux de ces critères faisaient déjà partie des « bonnes pratiques » et d’un management du risque, bien avant l’apparition du concept ESG.

La plus grande faiblesse des PME suisses se trouve au niveau des critères environnementaux, et en particulier à propos des mesures d’émissions de CO2. C’est tout à fait paradoxal car c’est le sujet dont tout le monde parle. Les PME ne bénéficient en effet que très rarement d’une évaluation quantitative de leurs émissions de CO2. Une situation réelle que confirme une récente étude réalisée par le cabinet Deloitte, intitulée « Enquête sur le changement climatique: plus de la moitié des entreprises suisses n’ont pas d’objectifs de réduction du CO2 ».

Afin de parer à ce manquement, Renaissance a pris l’initiative d’accompagner ses sociétés à mesurer leurs émissions de CO2 avec la mise à disposition d’un consultant spécialisé en la matière. L’objectif est d’obtenir une première mesure fiable des émissions de CO2 liées à la consommation d’énergie, de chauffage ainsi qu’au transport des employés et des fournitures. Pour le transport des employés, un sondage est effectué au sein de l’entreprise.

  

Pour résumé, comment voyez-vous l’investissement de demain pour les PME ?

À mon sens, les PME n’auront à l’avenir pas le choix. Intégrer des critères ESG deviendra une nécessité. Un fait que l’on retrouve également dans cette étude de Deloitte « Le changement climatique doit s’inscrire dans le reporting des entreprise ». Certaines PME seront forcées de prendre ces indicateurs en compte, sous l’impulsion des demandes de leurs clients, de leurs banques ou d’autres acteurs.

D’autres seront proactives, car elles reconnaitront la plus-value que cela peut représenter en termes d’image, de recrutement des milleniums, lors d’appels d’offres, ou encore auprès des investisseurs institutionnels tels que des caisses de pension par exemple.


Propos recueillis par Mélina Neuhaus, Elitia Agence de Communication


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